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2011/03/01

LA DERNIÈRE GOUTTE DE SAKÉ - 19

La Zen attitude grâce au Conbini

T’as pensé à imprimer le rapport pour la réunion de 15 heures?
- Mince, non, et je n’ai plus le temps de rentrer au bureau... Comment on va faire?»
«T’as pensé à acheter une enveloppe de cérémonie pour y glisser les 30 000 yens à offrir pour le mariage de Tanaka?
- Mince, non, et on est à 5 minutes de la salle de réception...»
«T’as pensé à payer la facture d’électricité du mois dernier?
- Mince, non, et on est dimanche soir... On sera placé sur liste rouge si on paye pas d’ici demain matin...»
«T’as pensé à recharger la batterie de ton portable?
- Mince, non, et ma dernière barrette clignote comme une forcenée. Comment on va faire pour se joindre?»
«T’as pensé aux tickets pour le concert d’Arashi?
- Mince, non, et le concert commence dans une demie-heure...»
C’est dur d’assurer 24 heures sur 24, de penser à tout, d’avoir toujours sur soi au bon moment les piles, stylos, chargeurs, gants, chaussettes, rouge à lèvres, DVDs enregistrables, briquets, dentifrice, timbres et boissons antistress pour éviter de paniquer face à ces petits imprévus et gros oublis qui nous pourrissent la vie quotidienne et seraient partout ailleurs sur la planète sources légitimes (?) de querelles et d’engueulades. Mais nous sommes au Japon, alors... Relax... Cool... Pas la peine de grimper aux fusuma ni même de les défoncer d’un poing rageur au beau milieu d’une dispute entre M. étourdi et Mme stressée. Que ce soient l’impression du rapport pour la réunion de 15 heures où le chef de bureau va encore passer son temps à faire joujou discrètement avec son smartphone, l’enveloppe de cérémonie (noshi-bukuro) pour le mariage de ce casse-pieds de Tanaka, le paiement de la facture qui permet d’alimenter (entre autres) la loupiote du frigo éclairant blafardement les restes de curry-rice, la recharge pour ce portable qui épuise sa batterie plus sûrement que le tonneau sans fond des Danaïdes, ou les tickets pour la dernière machine à engranger les yens du promoteur Johnny’s (le groupe Arashi, avant le suivant...), tous ces petits détails techniques peuvent être résolus, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an au même endroit : le plus proche conbini, celui du coin de la rue. Le conbini, ou l’assurance de rester zen en toutes circonstances. Il porte bien son nom celui-là : Convenience Store, ou CVS, pour les siglomaniaques. 3000 produits de la vie quotidienne concentrés sur une petite centaine de mètres carrés, à raison d’un CVS par quartier, soient plus de 43 000 magasins dans tout le Japon, et 14 milliards de clients par an. En plus de toute l’alimentation de dernière minute (ah, les rayons entiers de bols de nouilles instantanées des conbini.…), des snacks (pour grignoter devant son écran de PC en jouant à Final Fantasy XIV), les CVS sont achalandés des derniers journaux et magazines, de mangas à succès, de canettes de bière, de boissons ravigotantes, de cigarettes, de bouteilles de Beaujolais pour le 3e jeudi de novembre, de cartes de vœux pour le Nouvel an, de chocolats pour la St-Valentin, d’augmentations pour la St-Glinglin (ah non, ça c’est épuisé en rayon...). Même Jacques Prévert aurait reculé à faire l’inventaire de tous les trésors du quotidien que recèlent les CVS. En plus, leurs produits changent tout le temps: en un an, environ 70% des produits qui y sont mis en vente apparaissent puis disparaissent des rayons. Les conbini, ce n’est ni plus ni moins, tenteront de tempérer les bilieux, que nos bonnes vieilles supérettes bien de chez nous, ou de «l’Arabe du coin» (qui est maintenant souvent «le Chinois du coin», allez comprendre ce glissement lexical...). Ils n’y sont pas du tout... Où alors, ce serait des supérettes gonflées aux stéroïdes, ayant englouti leur propre stock de boissons survitaminées. La gestion des CVS japonais c’est une Rolls comparée à la vieille Dodoche que serait la supérette. Rien que la caisse enregistreuse POS donne une idée de la redoutable efficacité du système. Au lieu de la bonne vieille touche «total» qui affiche benoîtement le montant de vos achats chez l’épicier du coin, l’employé du CVS a lui le choix entre 10 touches différentes (5 bleues, 5 rouges, subdivisées en fonction des tranches d’âge - moins de 12, 19, 29, 49 et + de 50 ans) et vous range en un coup d’oeil dans une de ces catégories. Ainsi, au moment même où vous réglez votre achat, le centre des statistiques du groupe vous intègre dans sa base de données géographique et marketing, recoupant vos achats avec ceux de tous les autres clients de la région, par sexe et tranche d’âge, en fonction de l’heure d’achat, de la météo et des conditions locales. Autant de données permettant d’affiner encore plus les stratégies marketing du groupe. A la prochaine génération de ces caisses enregistreuses POS, vous verrez, il y aura sans doute même une touche «distraits», pour être certain de bien coller aux besoins de tous les imprévoyants de l’Archipel...
Etienne Barral
Illustration : Pierre Ferragut

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