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Photojournalisme
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Entretien : HIROKAWA RYÛICHI, DIRECTEUR ET RÉDACTEUR EN CHEF DE DAYS JAPAN
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Comment en êtes-vous arrivé à diriger Days Japan ?
H. R. : Days Japan est à l'origine une publication du groupe Kôdansha. A mes débuts, j'étais photographe pour l'hebdomadaire Shônen Magazine qui appartient aussi à cette maison d'édition. Le rédacteur en chef de Shônen, âgé d'une trentaine d'années, s'appelait Uchida. Il avait réussi à faire passer la diffusion du magazine de 150 000 à plus de 1,5 million d'exemplaires. Il a ensuite été appelé à diriger une nouvelle publication où je l'ai suivi. J'étais en charge de la photo en compagnie de Fujiwara Shinya. Sous les ordres de M. Tsuchiya, Uchida s'est occupé de plusieurs projets jusqu'au jour où les deux hommes ont pu lancer le magazine dont ils rêvaient au sein de Kôdansha. Un soir, Tsuchiya m'a invité dans un bar pour que je l'aide à monter une publication inspirée du célèbre magazine américain Life. Une fois que je lui ai dit que j'étais d'accord, il a retourné le sous-verre et a écrit : "M. Hirokawa Ryûichi, salarié du nouveau magazine de Kôdansha, recevra un salaire annuel de … yens". C'est ainsi que j'ai rejoint la rédaction avec mes amis Hirose Takashi et Tatematsu Wahei. Voilà comment Days Japan a vu le jour en mars 1988.
Et ça s'est bien passé ?
H. R. : Pas très bien. Days avait beaucoup d'ennemis. Chaque fois que nous dénoncions le comportement irresponsable de telle ou telle entreprise, Kôdansha pouvait craindre de voir baisser ses recettes publicitaires. Nous avions donc pas mal d'ennemis à l'intérieur même de l'entreprise. Ils ont fini par trouver le prétexte d'une petite erreur pour suspendre le titre. C'était en janvier 1990. Pour protester, Tsuchiya a quitté l'entreprise, suivi d'Uchida.
Qu'est-ce que vous avez fait ?
H. R. : C'est au cours de cette décennie que le monde est entré dans une période de très grande agitation. J'avais décidé de ranger mes appareils photo, mais un magazine a fait appel à moi pour aller couvrir la première guerre du Golfe. Et je suis reparti.
Qu'est-ce qui a influencé votre regard sur le journalisme et notamment le photojournalisme ?
H. R. : A la suite des attentats du 11 septembre 2001, les grands médias japonais ont pris parti en faveur des va-t-en guerre. Cela m'a beaucoup préoccupé. Les journalistes indépendants travaillent souvent pour les grands médias, ce qui veut dire qu'ils peuvent se trouver confrontés à des situations où ils doivent faire fi de leur propre désir ou volonté. Lors d'un reportage en Palestine, je me suis entretenu avec des collègues et nous avons monté l'Association japonaise des journalistes visuels (JVJA). Au moment de la guerre en Irak, lorsqu'il a fallu aller couvrir le camp qui subissait les assauts de l'armée dont les médias japonais rendaient compte, la moitié des journalistes indépendants présents à Bagdad appartenait à la JVJA. Mais très vite, nous nous sommes heurtés à une cruelle réalité. Même si nous faisions des reportages, il n'y avait pas de média pour les publier. Les grands journaux ne voulaient pas d'enquêtes montrant les victimes. J'ai alors ressenti le besoin d'avoir un média à nous. Sans son existence, je savais que la guerre soutenue par le Japon finirait par devenir aux yeux du public "un joli conflit" sans victimes.
Qu'avez-vous fait alors ? Etiez-vous décidé à vous lancer pour changer les choses ?
H. R. : Oui. J'ai évoqué le projet de créer un magazine auprès de certains de mes amis, mais ils m'ont tous déconseillé de le faire. Ils m'ont assuré que sans un soutien financier conséquent un magazine comme je l'envisageais n'irait pas au-delà du premier numéro. Il fallait beaucoup d'argent et tous m'ont dit que je n'y arriverais pas.
L'accueil a-t-il été aussi froid en dehors de vos amis ?
H. R. : J'ai eu l'occasion d'exposer ce projet lors d'une conférence, en disant à l'assistance qu'un coup de pouce me donnerait l'énergie de commencer à préparer un premier numéro. Il y avait à peu près 250 personnes dans la salle. A la fin de mon discours 200 d'entre elles ont promis de souscrire un abonnement. Une autre m'a aussi fait la promesse de devenir l'investisseur principal en injectant 2,5 millions de yens [15 830 euros]. Cela prouvait qu'ils étaient nombreux à penser que les grands médias ne rendent pas compte de la réalité. Ça m'a permis de poursuivre mon projet. Nous étions en novembre 2003. Mais cela ne suffisait pas pour lancer un magazine. Mon objectif était donc de réunir 3000 abonnés avant janvier 2004. J'ai fondé la société et l'ai enregistrée sous le nom Days Japan. Début mars 2004, plus de 5000 personnes avaient souscrit un abonnement. Days Japan disposait ainsi de fonds suffisants et sans emprunter d'argent le premier numéro est sorti le 20 mars 2004, un an après le début de l'intervention américaine en Irak. J'en étais le rédacteur en chef et parmi les salariés, on comptait l'ancien directeur artistique de Days, époque Kôdansha.
Vous disposez d'un lectorat fidèle ?
H. R. : Days a connu des hauts et des bas depuis son lancement, mais le nombre d'abonnés continue de progresser petit à petit. La moitié d'entre eux sont des femmes dont la moyenne d'âge se situe entre 20 et 30 ans. Plus de 50 % des personnes qui participent à nos activités sont des jeunes femmes. Ce qui me fait dire qu'elles sont les plus sensibles à la situation dramatique actuelle.
Vous avez également mis sur pied un concours international de photojournalisme.
H. R. : C'est exact. Pour l'édition 2007, troisième du genre, Days Japan a clôturé la sélection des photos le 15 janvier. En février, nous avons procédé à l'examen des clichés, et à partir du mois de mai, nous avons organisé des expositions de grande taille à Tokyo, Nagoya, Kyoto ou encore Yokohama, et des plus petites, à l'instar de celle proposée à Paris, dans une dizaine de lieux au Japon. Beaucoup de photojournalistes étrangers connaissent bien Days Japan. S'ils le connaissent par le biais de son Grand prix de photojournalisme, ils ont aussi conscience qu'il n'y a pratiquement plus d'espace pour le photojournalisme dans le monde depuis la disparition de Life. Chaque année, je profite des rencontres Visa pour l'image qui ont lieu à Perpignan pour faire la promotion de Days avec un certain succès. Les photojournalistes qui participent au Grand prix du photojournalisme présentent le même cliché pour le World Press Photo et le prix Pullitzer qui sont sans aucun doute les prix les plus connus dans le domaine de la photographie. Cela ne veut pas dire pour autant qu'une photo primée par le prix Pullitzer sera récompensée par Days. Car nos critères de sélection sont différents. Un cliché est choisi par Days s'il est "une photographie qui met l'accent sur le respect de la nature et de l'homme ou qui dénonce les dangers qui guettent la nature et l'homme". Parmi les membres du jury, on trouve l'ancien directeur de Magnum Philip Jones Griffiths et le journaliste japonais Chikushi Tetsuya.
Propos recueillis par Claude Leblanc |
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