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Politique : UN PAYS EN MAL DE DIRIGEANTS
La politique japonaise se porte mal. Tel est le constat que la plupart des observateurs ont fait au lendemain de la démission surprise du Premier ministre Abe Shinzô qui venait de prononcer son discours de politique générale. Il aurait pu démissionner plus tôt sans que cela ne provoque la même vague d'étonnement ni les commentaires sévères sur son comportement. En effet, la cinglante défaite que le Parti libéral démocrate (PLD) a subi lors des élections sénatoriales du 29 juillet, donnant pour la première fois la majorité à l'opposition, aurait été une excuse facile à accepter pour les Japonais. Mais voilà. M. Abe n'a pas voulu prendre ses responsabilités en abandonnant sa fonction de chef du gouvernement. Il espérait peut-être un sursaut de l'opinion qui finirait par comprendre ses véritables ambitions. Arrivé au pouvoir avec une cote de popularité particulièrement élevée, en septembre 2006, après le départ de M. Koizumi, M. Abe avait voulu incarner une politique dans laquelle le Japon retrouverait son lustre d'antan, son dynamisme des années 1960 vis-à-vis desquelles les Japonais éprouvent une réelle nostalgie. En témoigne la vague de livres, de films qui rappellent le bon vieux temps à tous ces baby-boomers arrivés aujourd'hui à la retraite. Alors qu'il aurait pu bénéficier de leur soutien, M. Abe a subi leur colère bien malgré lui. Il a payé entre autres pour les dysfonctionnements de l'Agence de sécurité sociale qui a laissé en souffrance près de 50 millions de dossiers d'allocataires. Il a aussi été jugé responsable de la conduite douteuse de certains de ses ministres dont l'un, Matsuoka Toshikatsu, ministre de l'Agriculture, s'est donné la mort pour une sombre histoire d'argent. Si la responsabilité de M. Abe dans la nomination de M. Matsuoka est indéniable - il avait été mis en garde contre ce choix jugé compromettant par des responsables du PLD -, l'ex-Premier ministre, qui avait la réputation d'être plutôt un homme intègre, n'avait pas à supporter tout le poids de l'opprobre qui pèse sur la classe politique nippone. Le problème, c'est que M. Abe s'est sans doute montré un peu trop naïf et un peu trop lent à comprendre qu'il n'avait finalement pas sa place dans le jeu politique actuel.
Mais qui donc peut prétendre jouer un rôle central dans la politique nippone ? Ozawa Ichirô ? Le numéro un du Parti démocrate, désormais principale force d'opposition au Japon, a beau jeu de mettre de l'huile sur le feu, lui qui a été l'un des hommes les plus puissants du PLD et dont l'intégrité est loin d'être la principale qualité. Politicien expérimenté, M. Ozawa n'a fait qu'une bouchée de M. Abe qui était bien mal préparé à tenir le premier rôle au Japon. Malgré sa lignée politique, son grand-père Kishi Nobusuke avait été Premier minsitre (1957-1960) et son père Abe Shintarô avait occupé le poste de ministre des Affaires étrangères, Abe Shinzô n'avait pas les épaules assez solides pour diriger un pays en difficultés. En d'autres temps, quand l'économie tournait à plein régime, l'héritier d'une dynastie politique pouvait prétendre à la fonction suprême dans la mesure où la maison tournait toute seule. La fin de la guerre froide et l'éclatement de la bulle financière au début des années 1990 ont remis en cause le ronron politique, obligeant le Japon à se doter de véritables leaders capables de tenir les rênes et d'affirmer la voix du pays dans le monde. L'échec de M. Abe souligne parfaitement l'absence de ce type de personnage dans la vie politique japonaise. Certains diront que Koizumi Junichirô, le prédécesseur de M. Abe, avait plus de trempe et qu'il appartenait à une nouvelle race de politiciens. On leur répondra que M. Koizumi avait le sens de la formule et que son discours fleuri pouvaient le faire croire, mais en définitive, il n'a pas réussi à se démarquer complètement des habitudes prises par le passé. Le Japon est resté aux ordres des Etats-Unis et les grandes réformes promises ont tourné court. Dans ces conditions, on voit mal comment Fukuda Yasuo, fils de l'ancien Premier ministre Fukuda Takeo (1976-1978), pourra faire mieux que de calmer le jeu, en nouant notamment un dialogue avec le Parti démocrate de M. Ozawa. Il aura d'autant plus de mal à s'imposer que son élection à la tête du PLD (qui fait de lui automatiquement le Premier ministre) n'aura pas été validé par le peuple à l'instar de M. Abe en septembre 2006. Faute d'une légitimité issue des urnes, il est difficile d'imaginer M. Fukuda faire plus que de "gérer les affaires courantes".
Faute de disposer d'un réservoir de politiciens compétents ayant acquis une expérience sur le terrain, le Japon se prépare donc à vivre encore des années au rythme de crises politiques qui verront se succéder des hommes pétris de bonnes intentions mais sans envergure.
Claude Leblanc


Fukuda Yasuo élu Premier ministre du Japon en remplacement d'Abe Shinzô le 25 septembre 2007



Dans les Kiosks
L'élection de Fukuda Yasuo à la tête du PLD, faisant de lui le nouveau Premier ministre a fait les gros titres de la presse japonaise. Chacun des journaux se demande si le nouveau chef de gouvernement sera en mesure d'apporter des solutions à une société qui s'interroge sur son avenir. Pour l'Asahi Shimbun, il est essentiel que Fukuda Yasuo fasse preuve de réalisme dans la gestion des dossiers et ne se contente pas de belles phrases. Le Sankei Shimbun, sur une ligne plus conservatrice que son confrère s'inquiète d'un éventuel retour en force des factions dans la vie politique japonaise. Mais les deux journaux s'accordent sur la fragilité de la position du Premier ministre.

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