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Spécial
Le Monde de l'animation
Entretien :
TAKAHATA ISAO, RÉALISATEUR DE FILMS D'ANIMATION

Takahata Isao est le réalisateur de nombreux longs métrages d'animation parmi lesquels Mes Voisins les Yamada, Pompoko et le fameux Tombeau des lucioles.
Photo : Sayaka Nakagawa Atlan
Que pensez-vous du succès de vos films en France ?
T. I. : Cela me fait très plaisir. Comme je ne pense pas à la réaction des spectateurs étrangers lors du processus de création, cela est une sorte de bonus pour moi.

Tous vos longs métrages sont basés sur la culture japonaise. Avez-vous l'intention de continuer à faire des films d'animation avec le Japon en toile de fond?
T. I. : J'adore la France et bien sûr, j'ai de la curiosité pour le monde entier. Mais pour mes films, il est important de traiter du Japon, que je connais et que j'aimerais mieux connaître. Au début de ma carrière, j'ai fait des séries télé d'animation comme Heidi, Marco et Anne aux cheveux roux. Pour cela, je me suis beaucoup documenté sur la vie quotidienne à l'étranger à la fin du XIXe siècle. Mais à cette époque, j'étais étonné de constater que ni les créateurs ni les spectateurs ne s'intéressaient au Japon. Une autre raison qui m'a amené à me pencher sur mon pays, c'est la différence de langue. Il me semblait peu naturel de créer des personnages occidentaux qui parlent japonais. Voilà pourquoi je n'ai pas voulu poursuivre l'aventure Heidi trop longtemps.

Votre film Le Tombeau des Lucioles est très apprécié en France. Comment avez-vous décidé de faire un film d'animation à partir de ce roman de guerre ?
T. I. : j'ai lu ce roman, j'ai pensé à la possibilité de l'adapter en film d'animation, même s'il n'y avait pas de précédent. On m'a demandé la raison pour laquelle je créais le film d'animation dont les deux personnages principaux finissent par mourir. En fait, j'ai utilisé un style ancré dans la tradition japonaise dans ce film qui consiste à montrer dès le début leur mort, avant les scènes qui donnent une explication à cette fin tragique, comme dans les histoires du double suicide de Chikamatsu. Je crois que l'auteur de l'histoire, Nosaka Akiyuki, devait aussi être conscient de cela. Mon défi, c'était de produire l'atmosphère de ce style traditionnel, par le biais du film d'animation, non par le film documentaire.

En 2004, vous avez fondé une association de cinéastes pour défendre l'article 9 de la Constitution.
T. I. : En effet, je suis un des promoteurs de cette association de cinéastes. Depuis plus de 60 ans, il n'y a eu aucun mort à cause de la guerre au Japon, ce qui est très important. Il faut donc essayer non seulement de défendre cet article 9 qui affirme la renonciation à la guerre, mais plutôt de le faire vivre : poser cela comme le centre de la politique étrangère afin de représenter l'originalité du Japon. Il n'est donc pas nécessaire que le Japon devienne un pays comme les autres. Mais en réalité, la politique est dominée par les gens qui veulent modifier la Constitution pour que le Japon puisse participer à la guerre. Parmi les nombreux hommes politiques qui souhaitent modifier l'article 9, il se trouve non seulement des membres du Parti libéral-démocrate au pouvoir, y compris le présent et l'ancien Premier ministre, mais aussi des députés de l'opposition. C'est au moment où cette volonté s'est affirmée au grand jour, que certains intellectuels que je respecte, comme Katô Shûichi, Sawachi Hisae, Inoue Hisashi et mon contemporain Ôe Kenzaburô, ont lancé l'association Article 9. D'ailleurs, la femme de l'ancien Premier ministre Miki Takeo, Mutsuko, participe aussi à ces activités. Par la suite, nous avons créé notre association de cinéastes inspirée par ce mouvement qui a des sympathisants à travers tout le pays.

Que pensez-vous des films d'animation assistée par ordinateur ? Dans le domaine de la création de film d'animation, quels pays vous attirent ?
T. I. : On ne peut pas dire qu'il s'agisse d'une technologie formidable, mais on ne peut pas dire non plus qu'elle soit inutile. Mais il est vrai que les techniques actuelles permettent de faire plusieurs essais sans peine, contrairement à l'époque où tout était fait à la main. Cela influence le résultat du film, peut-être. Concernant le long métrage d'animation, les Etats-Unis font de nombreux films parmi lesquels se trouvent les œuvres intéressantes produites par Pixar. La France crée des œuvres originales, comme les films réalisés par Sylvain Chomé ou Jacques Colomba. D'ailleurs, j'ai introduit au Japon Kirikou et la Sorcière et Azur et Asmar de Michel Ocelot. Sinon, ce qui m'inquiète dans le film d'animation chinois, c'est qu'il est en train de perdre son originalité. Peut-être suis-je prétentieux de le dire, mais j'aimerais que la jeune génération s'intéresse à la belle tradition incarnée par le Studio de Shanghaï dont j'ai toujours admiré le travail.
Propos recueillis par Nakagawa Sayaka

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