Entretien :
HIRATA ORIZA, DRAMATURGE
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Vous avez développé votre propre écriture théâtrale. Pourriez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?
H. O. : J'ai commencé à écrire des pièces à l'âge de 20 ans, mais il a fallu attendre cinq années avant qu'elles ne soient vraiment jouées. Quand elles ont été montées pour la première fois, je me suis demandé pourquoi les acteurs n'étaient pas capables de les interpréter comme il le fallait. Je me suis alors rendu compte que cela ne relevait pas de la responsabilité des acteurs, mais que mon style était éloigné de la langue orale japonaise. J'ai fait un travail d'analyse par rapport à cette langue orale et ce que je propose aujourd'hui la façon de jouer et le style est le résultat de cette démarche.
Plusieurs de vos pièces ont été jouées en France. Comment êtes-vous parvenu à "exporter" votre théâtre ?
H. O. : Je bénéficie d'une grande reconnaissance en tant que dramaturge au Japon et il m'arrive de mettre en scène ma propre troupe. En France, on m'a immédiatement reconnu en tant que dramaturge. Voilà pourquoi, cela a été plutôt aisé de monter mes pièces et de produire ma troupe sur les scènes françaises. C'est évidemment très satisfaisant pour un auteur comme moi de bénéficier de ces conditions.

Comment vos pièces ont-elles été reçues par le public français ?
H. O. : Très bien. Je le dois notamment au travail des traducteurs. Dans d'autres pays occidentaux, elles n'ont pas reçu le même accueil car elles n'ont pas bénéficié d'une traduction aussi bien réussie qu'en France. Par ailleurs, le public français manifeste un a priori favorable à l'égard de ce qui est japonais. Le cinéma n'est pas étranger à cette situation et cela explique le succès de mes pièces sur le territoire français.
Vous avez écrit Chants d'adieu pour un public avant tout français. Comment cela s'est-il passé ?
H. O. : Avant même de penser à ce qu'elle soit jouée en français, l'écriture d'une pièce pour le public français a soulevé de nombreux doutes chez moi. Je me suis d'abord demandé comment il fallait que je l'écrive. J'avais notamment des difficultés à me figurer la manière dont les Français parlent et quels sujets ils pouvaient aborder. Dès lors, le succès de Chants d'adieu m'a procuré plus de soulagement que de joie.
Le théâtre contemporain a longtemps été négligé au Japon. Qu'en est-il actuellement ?
H. O. : Depuis les années 1960, on ne peut pas dire qu'il soit encore négligé même si je pense que le théâtre n'a pas le statut qu'il mérite dans notre société. Cependant, l'apparition du théâtre dans l'enseignement scolaire ces dernières années est de nature à bouleverser cet état des choses. Cela prendra du temps, mais je ne suis plus pessimiste. Car nous sommes au stade où l'on forme les spectateurs de demain.
Pourriez-vous nous donner votre sentiment à l'égard de la scène théâtrale actuelle au Japon.
H. O. : Comme vous le savez, le Japon est une île, ce qui signifie que le marché a ses limites. Le monde du théâtre est donc plutôt tourné vers l'intérieur. On n'écrit guère de pièces qui ont une dimension mondiale. Pourtant, il existe au Japon d'excellents acteurs, metteurs en scène et dramaturges. Grâce aux talents individuels, je pense que nous sommes en mesure de rivaliser avec les Occidentaux, mais nous avons de nombreux points faibles comme l'absence d'un système d'éducation digne de ce nom, une relative faiblesse dans le domaine de la production et surtout un cruel manque de perspectives. Reste que le théâtre japonais peut se développer grâce au travail de coproductions internationales qui est mené depuis quelques années.
Propos recueillis par Claude Leblanc |
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| Pratique : AU THÉÂTRE CHEZ SOI |
Profiter de l'actualité théâtrale japonaise tout en restant à la maison, c'est désormais possible grâce au site Engeki Kûkan (Espace Théâtre) qui offre plusieurs formules aux internautes selon leur degré d'intérêt pour ce qui se passe sur les planches. Ceux, qui souhaitent seulement se tenir au courant des nouveautés et des programmes des différents théâtres, peuvent consulter gratuitement les dernières nouvelles grâce auxquelles ils pourront décider de se rendre ou non dans les centaines de salles réparties dans tout le pays. Ceux, qui voudraient bien découvrir le travail de certaines troupes, mais qui n'ont pas la possibilité de voyager faute de temps ou de moyens, ont désormais à leur disposition un outil génial. Pour la modique somme de 525 yens [environ 3 euros] par mois, les inconditionnels du théâtre peuvent visionner plus d'une centaine de pièces en version originale non sous-titrée qui montrent à quel point le théâtre japonais contemporain est riche et varié, notamment grâce à la présence de jeunes troupes et de comédiens pleins de talent. Le site <www.340481.com> (jeu de mots à partir de la prononciation des chiffres miyoshibai "allons au théâtre") constitue donc un lieu inévitable pour les amoureux des planches. C. L. |
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