Entretien :
MOMOI HARUKO, VEDETTE DU MOUVEMENT OTAKUUE
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 Figure incontournable du monde du manga et de l'anime, Momoi Haruko est représentative de cette population qui fréquente assidûment Akihabara. Elle vient de publier Akihaba Love, comment nous avons grandi à Akihabara
[éd. Fusôsha, 2007].
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Par rapport à d'autres lieux de la capitale, qu'est-ce qu'Akihabara représente à vos yeux ?
M. H. : C'est avant tout un lieu de rencontre avec des objets et des individus. Quand j'étais enfant, je n'avais pas la permission d'aller me balader dans les rues avec mes amis. Mais comme j'étais très curieuse, je partais seule à la découverte de la ville. J'ai parcouru Shinjuku et Shibuya, mais c'était des quartiers faits pour les couples. En revanche, Akihabara était vraiment un lieu pour les personnes seules. C'est vrai que ces derniers temps, on y voit de plus en plus de couples.
Que retenez-vous de votre expérience à Akihabara ?
M. H. : Autrefois, je pensais qu'Internet pouvait m'apporter toutes sortes de bienfaits. J'avais foi dans une certaine forme d'Internet. Mais récemment j'ai été déçue par les rencontres que j'ai pu faire en ligne. Pour rencontrer quelqu'un qui partage les mêmes intérêts et les mêmes choses que vous, Akihabara s'est imposé comme un lieu parfaitement adapté très loin des mauvaises rencontres que j'aurais pu faire sur le Net. Ce n'est pas seulement le plaisir d'avoir une maison, c'est surtout la possibilité de faire de vraies rencontres lorsqu'on sort de chez soi.
La culture otaku est représentative d'Akihabara. Je voudrais connaître votre sentiment à l'égard de l'expression "moe" (passion) qui y est associée et qui fait fureur actuellement au Japon.
M. H. : La culture otaku, qui rassemblait des personnes qui "faisaient des choses qui n'intéressaient personne d'autres qu'elles", n'a guère suscité d'intérêt jusqu'au milieu des années 1990. Voilà pourquoi j'étais alors l'une des rares à utiliser l'expression "moe" à la télévision pour exprimer mon attachement à telle ou telle chose [en japonais, le verbe "moeru" signifie bourgeonner. Dans le langage jeune, il signifie aimer, adorer un personnage de jeu vidéo. Par extension, "moe" désigne la passion que l'on manifeste à l'égard d'objets ou de personnages]. Mais, aujourd'hui, la culture otaku est devenue un genre standardisé qui englobe tous ceux qui s'intéresse aux dessins animés ou aux personnages issus des jeux vidéo et des bandes dessinées. La minorité otaku n'est plus et c'est bien dommage. Néanmoins je ne regrette pas de voir la distance se réduire entre les individus qui forment notre société. Ça permet de varier les avis. Cela ne m'empêche pas de garder une véritable admiration pour les otaku purs et durs qui ont su conserver leur passion débordante.
Dans la mesure où la culture otaku a été absorbée par la masse, croyez-vous qu'une nouvelle contre-culture puisse se développer à Akihabara ? Si oui, quelle forme prendra-t-elle ?
M. H. : Il est désormais possible de se procurer n'importe quel produit issu de la culture otaku, n'importe quel DVD sur Internet. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant de voir se développer des services impossibles à trouver sur le Net. C'est le cas notamment des cafés où le personnel féminin est habillé en soubrette. Par ailleurs, si le Net permet de conserver un certain anonymat qui est de nature à satisfaire bon nombre de personnes, il ne permet pas encore de profiter du plaisir de se rassembler et de se rencontrer dans des lieux bien réels. Voilà pourquoi, il est probable qu'on voit se développer de plus en plus le phénomène des flash mob, ces rassemblements de personnes dans un lieu public pour y effectuer quelque chose de particulier avant de se disperser rapidement. Quand j'y pense, j'en ai le cur qui palpite d'avance.
Propos recueillis par Claude Leblanc |
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