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Spécial Manga
Entretien :
FURUKAWA KÔHEI, RÉDACTEUR EN CHEF DE L'HEBDOMADAIRE MORNING
Quel le secret du succès de Morning ?
F. K. : En 2007, notre magazine célèbre ses 25 ans d'existence et depuis sa création, nous avons toujours cherché à renouveler l'offre de manga. Outre l'originalité des auteurs, nous avons traqué la "nouveauté" y compris dans la façon de présenter et de planifier les histoires. Nous avons aussi ouvert la porte à des auteurs étrangers. Cela nous a valu de recevoir le soutien des lecteurs et de réussir à imposer notre marque dans le paysage du manga au Japon. Mais nous ne pensons pas pour autant que la victoire est définitive. Il y a toujours de nouveaux défis à relever. Dans le secteur du manga, je crois que le travail n'est jamais fini et qu'il faut continuellement se remettre à l'ouvrage.

Parmi toutes les œuvres que vous avez publiées, pourriez-vous nous citer vos cinq séries préférées ?
F. K. : C'est une question bien difficile et délicate. J'y répondrai donc en vous citant les cinqu séries qui ont le mieux marché auprès du public après leur publication sous forme d'ouvrage. En tout premier lieu, il y a Vagabond d'Inoue Takehiko [paru en France chez Tonkam]. Ensuite, il y a la série Shima Kôsaku de Hirokane Kenshi [inédit en France], Chinmoku no kantai [Le vaisseau du silence, inédit en France] de Kawaguchi Kaiji, Say hello to Black Jack de Satô Syuho [paru en France chez Glénat] et Sôtenkôro de King Gonta [inédit en France].

Depuis une bonne dizaine d'années, les magazines de prépublication enregistrent une forte baisse de leur diffusion. Comment analysez-vous cette tendance ?
F. K. : Il y a deux ans, le chiffre d'affaires lié à la vente d'ouvrages de manga a dépassé pour la première fois celui lié à la vente des magazines de manga. Cela ne veut pas dire pour autant que le chiffre d'affaires total du secteur du manga a baissé. En effet, les amateurs de manga sont encore nombreux. Ce qui a changé, c'est la façon dont ils lisent le manga. Voilà une des raisons pour lesquelles les ventes d'ouvrages ont augmenté. Les goûts des lecteurs ont aussi beaucoup changé. Il existe désormais une offre plus ciblée. Aussi l'époque où les principaux magazines tiraient à plus d'un million d'exemplaires est bel et bien révolue. Par ailleurs, l'argent joue aussi un rôle. Les lecteurs dépensent leur argent avec leur téléphone portable et achètent des DVD ou des jeux vidéo. Ils ont donc moins d'argent à consacrer aux magazines. On peut aussi mettre en cause la distribution. Dans plusieurs points de vente, en particulier les supérettes ouvertes 24h sur 24, il est possible de lire les magazines (tachiyomi) sans qu'on vienne vous demander des comptes. Vous voyez que les causes sont multiples. Mais comme je vous le disais, les amateurs ne disparaissent pas et je dirais même que le nombre de personnes qui lisent en profondeur les manga est en augmentation.

Comment voyez-vous l'avenir du manga au Japon ?
F. K. : Le manga évolue avec les époques. Cela signifie que l'on va voir apparaître de nouveaux auteurs japonais mais aussi étrangers qui s'exprimeront de façon tout à fait originale. Il ne s'agit pas d'être esclave de ce qui se faisait par le passé. Ce qui compte, c'est de voir de nouvelles formes d'expression et de nouveaux genres. Si les maisons d'éditions, si les éditeurs de série et si les auteurs partent avec cet état d'esprit, je ne me fais aucun souci pour l'avenir du manga au Japon.

Le manga rencontre un grand succès en Occident. Qu'en pensez-vous ?
F. K. : A la vérité, je pense que l'on n'a pas suffisamment présenté à l'étranger tout ce qui fait la profondeur et la grandeur du manga. En Occident, le manga se résume souvent à la science-fiction et à la fantastique et le public qui s'y intéresse est très particulier. Or, au cours de soixante dernières années, le manga est passé du statut de loisir ludique pour les enfants et les adultes à celui d'œuvre artistique, philosophique, littéraire. Et c'est cette dimension-là qu'il faudrait mieux présenter à l'étranger car elle symbolise un pan du patrimoine culturel japonais.
Propos recueillis par Claude Leblanc

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