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Spécial Ozu
Entretien :
Rencontre avec : Satô Tadao, critique cinématographique
Ozu Yasujirô a marqué de façon considérable le cinéma japonais. Selon vous, quelles sont les principales caractéristiques de l'œuvre d'Ozu et qu'en reste-t-il dans le cinéma japonais actuel ?
S. T. : Beaucoup de cinéastes japonais ont voué un culte à Ozu, ce qui explique pourquoi il a conservé une grande influence. Néanmoins, avec son style unique, il n'a jamais pu être copié. Il est donc difficile de trouver une influence directe dans leurs œuvres. Poutant les thèmes pris dans la vie quotidienne qu'il a abordés dans ses films ne sont pas spécifique à Ozu. Ils sont universels.

La famille occupe une place centrale dans les films d'Ozu. Que pouvez-vous dire de son regard sur la famille et comment cette notion a évolué au cours des dernières années ?
S. T. : La famille telle que l'a présentée Ozu dans beaucoup de ses films est dans une situation de fragilité. On y voit chaque membre rester attentif à l'égard des autres, avec délicatesse. Cette forme de délicatesse et la retenue sont tout à fait extraordinaires. Ozu a privilégié très tôt cette fragilité dans son œuvre et ces dernières années, on a pu voir que les liens familiaux étaient bel et bien en train de se distendre comme il l'avait montré dans ses films.

Autre caractéristique du style d'Ozu, la position de la caméra au niveau du sol. Pourriez-vous nous éclairer sur ce point ?
S. T. : Je crois qu'il a toujours cherché en plaçant sa caméra à ce niveau à capturer de façon la plus esthétique ce qui caractérise le mode de vie des Japonais, notamment leur vie sur les tatamis.

Peut-on dire du cinéma d'Ozu qu'il s'agit d'un cinéma typiquement japonais ? Pourquoi ?
S. T. : Il n'y a qu'un seul Ozu au Japon. Ce n'est pas parce qu'on est Japonais qu'on peut faire du Ozu. Lorsqu'il était jeune, il était fou de cinéma. Il passait son temps à regarder des films américains. En s'inspirant de ces œuvres des années 1910 et 1920, il a construit petit à petit son style. Mais pour beaucoup de Japonais, le résultat obtenu s'est inscrit dans un cadre esthétique typiquement japonais. C'est la raison pour laquelle de nombreuses personnes dans le monde pensent que son œuvre est typiquement "japonaise".

Au cours des années, les critiques de cinéma se sont beaucoup attachés à parler de la forme plutôt que du fond en ce qui concerne l'œuvre d'Ozu. Pensez-vous que le travail de ce cinéaste doit seulement se résumer à cet aspect ? Que pouvez-vous dire du fond de ses films ?
S. T. : Si l'on doit parler du caractère japonais de son œuvre, je crois qu'il faut mentionner la retenue et l'attention portée aux autres qui sont profondément enracinées chez les Japonais et qui se manifestent à l'égard des autres et de la famille.

Vous êtes un grand observateur du cinéma japonais depuis de nombreuses années. Comment voyez-vous l'évolution du cinéma japonais actuel après avoir connu la grande époque des années 1950 et 1960 ?
S. T. : Les années 1950, au cours desquelles Ozu, Mizoguchi ou encore Kurosawa ont retenu l'attention du reste du monde, ont constitué une période où le cinéma japonais était à la recherche d'une spécificité nippone. Les silences assimilés au zen d'un Ozu, le mystère oriental d'un Mizoguchi ou encore l'esprit samouraï d'un Kurosawa, tout cela en faisait partie. Le Japon réel était bien différent. Il était plus bruyant, brutal, grossier. Et c'est à partir des années 1960, grâce aux efforts des cinéastes, que le reste du monde a pu connaître ce vrai visage de la société japonaise.

Propos recueillis par Claude Leblanc
Il a côtoyé les plus grands cinéastes japonais. Il connaît le cinéma sur le bout des doigts et son Histoire du cinéma japonais parue en France aux Editions du Centre Georges Pompidou (1997 et 1998) est rééditée au Japon par Iwanami Shoten. Il dirige l'Ecole du cinéma japonais à Kawasaki où sont formés de futurs cinéastes venus de toute l'Asie.

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