Auteur de plusieurs ouvrages sur l'architecture japonaise, Igarashi Tarô en est un des observateurs les plus avisés.
Qu'est-ce qui caractérise, selon vous, l'architecture japonaise de l'architecture occidentale ?
I. T. : Je crois qu'il existe de nombreux particularismes dans l'architecture au Japon. Le premier est la petitesse de l'habitat individuel. Les Japonais disposent d'un espace très réduit qui oblige les architectes à faire preuve d'imagination pour s'adapter à cette contrainte d'espace. En Occident, c'est une question que la plupart des architectes ne se posent pas. Ils ont bien souvent la place qu'il faut pour s'exprimer. Une autre caractéristique des architectes japonais, c'est leur extrême ingéniosité à faire attention au plus petit détail quels que soient les matériaux utilisés. C'est quelque chose que l'on peut aussi bien remarquer dans les constructions traditionnelles en bois que dans les bâtiments les plus modernes.
Un nombre croissant d'architectes japonais remportent des concours internationaux. Selon vous, qu'est-ce qui explique ce succès des architectes nippons ?
I. T. : Les architectes japonais travaillent souvent sur des projets de maisons individuelles à la différence de leurs confrères occidentaux. Cela leur permet d'acquérir de très bonnes compétences. Cela dit, on constate aujourd'hui que la globalisation des échanges touche aussi l'architecture. De plus en plus d'architectes participent à des concours internationaux, ce qui favorise une meilleure connaissance de leurs travaux. Il est également intéressant de noter que des architectes comme Itô Toyô ou le cabinet SANAA composé de Sejima Kazuyo et Nishizawa Ryûe qui sont implantés à Tokyo ne travaillent sur aucun grand projet au Japon. Ce n'est pas l'envie qui leur manque. En dehors de quelques boutiques de mode, ils sont obligés de chercher du travail dans d'autres pays.
Au Japon, le paysage urbain se renouvelle beaucoup plus vite qu'en Europe, par exemple. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
I. T. : Cela s'explique par l'extrême vulnérabilité du Japon. Dans le passé, les incendies, les séismes ou les guerres ont eu raison de la plupart des constructions en bois. Je crois que les Japonais ont intégré l'idée que tout est éphémère. A cela s'ajoute le fait que le prix du terrain est bien plus élevé que le bâtiment qui s'y trouve. Dès lors, on peut comprendre pourquoi les Japonais sont prêts à remettre en question la plupart de leurs constructions.
D'après vous, quelles sont les grandes tendances qui vont se développer dans l'architecture japonaise au cours des années à venir ?
I. T. : De jeunes architectes très talentueux comme ceux du cabinet SANAA sont entrés en scène. Ils sont en mesure d'apporter de nouvelles idées pour répondre à de nouveaux défis. Avec le vieillissement de la population et le phénomène de dénatalité auxquels est confronté le Japon, on peut se demander comment les architectes vont adapter leur réflexion et leurs réalisations. Ce sont là des questions importantes pour lesquelles les architectes doivent aussi apporter des solutions.
Quels sont vos architectes japonais préférés et pourquoi ?
I. T. : Comme vous pouvez vous en douter, le cabinet SANAA figure parmi mes chouchous notamment parce qu'il a su donner la place à de nouvelles formes.
Les Japonais ont un rapport à l'espace différent des Occidentaux. Quelles leçons les Occidentaux peuvent-ils retirer de cette approche différente ?
I. T. : Je pense qu'il y a beaucoup à apprendre de la façon dont les Japonais exploitent le moindre espace et leur capacité à le rendre vivable grâce à des trésors de trouvailles plus ingénieuses les unes que les autres.
Propos recueillis par Claude Leblanc |
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Rencontre avec : Ban Shigeru, architecte
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Vous avez acquis en partie votre notoriété grâce à votre engagement à la suite de catastrophes naturelles.
B. S. : Lors de catastrophes naturelles, beaucoup de gens périssent à cause de l'effondrement des bâtiments qu'ils occupent. C'est évidemment quelque chose de terrible. Mais ce qui me préoccupe au premier chef, ce sont les désastres naturelles comme les inondations par exemple. Nous coupons beaucoup d'arbres dans les forêts, engendrant une déforestation de plus en plus grande et facilitant les inondations. Nous détruisons des forêts pour construire des maisons et nous nous mettons ainsi en danger face à la nature. Les tremblements de terre ne sont pas directement responsables de la mort des gens. Celle-ci est due à l'effondrement des maisons ou des immeubles. Le bâtiment est ainsi au cur du problème..
Cet engagement citoyen semble très important à vos yeux. Au Japon, on constate que la population, en particulier, les jeunes sont de plus en plus soucieux de participer à des activités de ce genre.
B. S. : C'est vrai surtout depuis le tremblement de terre de Kobe en 1995. Les problèmes rencontrés à cette époque ont amené les ONG à s'engager davantage d'autant plus que les responsables politiques montraient une certaine faiblesse. Il n'empêche que les mouvements de citoyens ou les ONG japonais restent faibles. Il appartient donc aux individus de montrer l'exemple en s'engageant dans diverses opérations. Une fois lancées, elles suscitent l'adhésion et les différentes organisations peuvent donner le meilleur d'elles-mêmes. C'est le sens de mes actions. Je veux agir notamment en faveur de ceux qui ne peuvent être incérés dans des projets à grande échelle, des populations réduites. Je prends l'exemple des maisons en rondin de papier que j'ai montées pour les Vietnamiens qui vivaient à Kobe lors du séisme en 1995. Cette idée de fournir des rondins de papier vient du fait que les Nations unies fournissent des toiles de plastique aux réfugiés qui les obligent à abattre des arbres pour construire des abris. Nous avons ainsi développé l'idée de fournir des rondins de papier afin de préserver les forêts.
On dit de vous que vous êtes un "architecte engagé et expérimental". L'utilisation de ces rondins de papier en est un exemple.
B. S. : Je dirais plutôt que je suis pragmatique. Ce qui m'importe, c'est d'utiliser au mieux les matériaux qui sont à ma disposition dans tel ou tel lieu. Mon souci est de rendre heureux le plus grand nombre. C'est pour cela que je travaille à la fois pour des clients riches et d'autres qui sont plus démunis. Chacun d'entre eux a des besoins spécifiques auxquels je tente d'apporter une réponse satisfaisante. C'est une façon pour moi de me satisfaire également.
Propos recueillis par Claude Leblanc |
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