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Ce mystérieux personnage originaire des montagnes était souvent représenté avec un long bec et des ailes. Avec le temps, il a pris une forme de plus en plus humaine. Dans un très lointain passé, les Japonais estimaient que les tengu étaient responsables des phénomènes naturels observés dans les forêts et dans les montagnes. C'est un moine chinois en visite au Japon qui est à l'origine de cette première explication, si l'on en croit La Chronique du Japon (Nihon Shoki) compilée en 720. Selon ce texte, en l'an 637, "des étoiles traversèrent le ciel en produisant un bruit pareil à celui du tonnerre". Pour les Japonais, il s'agissait d'étoiles filantes, mais le moine chinois leur affirma qu'ils avaient affaire à des tengu. Avec le temps, les Japonais estimèrent que ces personnages extraordinaires étaient contrôlés par les moines vivant dans les montagnes et que la plupart d'entre eux étaient devenus des tengu parce qu'ils avaient trahi leur condition ou leur discipline. Dès lors, le tengu n'est pas un personnage sympathique. C'est un agitateur. Il est capable d'amorcer des guerres. Il peut engendrer des incendies ou bien kidnapper des enfants. Le tengu sème plutôt le malheur que le bonheur, et il est important pour les parents de veiller à ce que leurs enfants ne deviennent pas tengu. C'est ce que rappelle notamment dans le très contemporain manga Dainippon tengutô ekotoba (Le Clan des tengu, éd. Casterman, 2006), Kuroda Iô dans un avertissement publié à la fin du second volume de son histoire. "La fin du XXème siècle approche et les choses se bousculent. De plus en plus de jeunes se laissent emporter sans raison, plongent dans la folie, séduits par les tentations du monde. Notre monde est trop ambigu pour pouvoir distinguer l'explicable de l'inexplicable. Tout est beaucoup plus subtil que la division des nombres entiers. Il faut inculquer à vos enfants toute cette subtilité pour qu'à aucun prix ils ne deviennent tengu. Soyez très vigilants !", écrivait-il donc, en 1996, assimilant le mythique tengu aux dangers que font courir de nouveaux tengu bien plus dangereux comme les sectes. Rappelons qu'un an avant la publication du manga, le Japon avait dû subir la volonté destructrice de la secte Aum et de son gourou Asahara Shôko.
C. L. |
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| Monstres, démons & Cie |
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| Doté d'une puissante musculature, d'une peau rouge, vertes, noire ou bleue, de cornes de taureau, d'une chevelure ébouriffée, de crocs acérés, d'un ou de plusieurs yeux, le oni n'a rien d'un ange. Au contraire, il symbolise le démon dans toute sa splendeur. Selon les croyances bouddhistes, le oni terrestre est responsable des maladies et des épidémies. Le oni de l'enfer, dont la couleur du corps est verte ou rouge, est toujours en quête des pêcheurs qu'il conduit sur son chariot vers l'enfer. Parmi les oni, certains sont invisibles. On détecte leur présence car ils sifflent ou ils chantent comme dans Les Contes de la lune vague après la pluie de Mizoguchi lorsque le père de la princesse Wakasa chante avec sa fille pour manifester sa présence. Tout comme les tengu, on ne naît pas oni. On le devient. Si leur taille laisse à penser que les oni sont des mâles, il existe aussi des oni femelles. On raconte même que les femmes, en raison de leur nature qui les rendaient plus promptes à céder à la colère ou à la jalousie, avaient beaucoup de chances de se transformer en oni que les hommes. Alors attention à ne pas mettre en colère une femme car elle pourrait bien chercher à se venger, en détroussant, en tuant et en buvant le sang de ses victimes comme la légendaire Momiji qui sévissait, à l'automne 996, dans la région de Nagano après avoir été abandonnée par son amant. C. L. |
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Les fantômes font leur cinéma
Selon les croyances shintoistes, les hommes possèdent un esprit et une âme. Lorsqu'une personne décède, son âme quitte le corps pour rejoindre les âmes de ses ancêtres si les rites funéraires ont bien été respectés. Les âmes des ancêtres sont bien considérées par les Japonais qui estiment qu'elles sont en mesure de protéger leur famille. Voilà pourquoi ils leur rendent hommage chaque été au moment de la fête des morts (obon). Cependant lorsqu'une personne meurt de façon brutale ou lorsque les rites funéraires n'ont pas été respectés, l'âme peut se transformer en yûrei. Au lieu de rejoindre les ancêtres, elle reste parmi les vivants, cherchant à se venger ou à terminer le travail qu'elle n'avait pas achevé. La plupart du temps, les yûrei apparaissent en blanc comme la princesse Wakasa dans le film Les Contes de la lune vague après la pluie de Mizoguchi Kenji. Au milieu du XVIIIème siècle, les yûrei commencèrent à être représentées sans jambes, manière de les rendre encore plus effrayants. Ces personnages ont souvent été les vedettes de nombreux films. Dans Tôkaidô Yotsuya kaidan (Le Fantôme de Yotsuya, 1959), Nakagawa Nobuo raconte l'histoire de cette paysanne asssassinée par son mari jaloux et vient le hanter pour se venger de cette injustice. Dans le film, l'âme tourmentée est représentée par le visage d'une femme défigurée et livide. Ce personnage influencera près de quarante ans plus tard Nakata Hideo dont le film Ring (1998) rapporte la terreur que le fantôme d'une écolière en blouse blanche sème autour de lui.
C. L. |
Tôkaidô Yotsuya Kaidan (1959) de Nakagawa Nobuo qui a influencé nombre de cinéastes contemporains.
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