Un peu plus d'un an après sa présentation au Festival de Cannes 2005, Bashing de Kobayashi Masahiro sort en France, le 14 juin. Le réalisateur nous explique ses motivations et son regard sur la société médiatique nippone depuis l'engagement des forces d'autodéfense en Irak.

Comment vous est venu l'idée de faire le film Bashing ?
K. M. : Il n'y a pas de raison particulière. J'avais envie de traiter sous forme de fiction un événement ancré dans la réalité surtout s'il avait eu un certain retentissement. Ce filma vu le jour à partir d'un article de journal. Je crois qu'un film comporte toujours deux approches contraires. La première dit qu'il faut éviter l'universalité. L'autre prône un traitement journalistique. En ce qui me concerne, j'ai choisi de construire des films tout à fait orthodoxes, ce qui signifie que je n'agis pas comme un journaliste. Cela veut dire aussi que je résiste en suivant les préceptes de mon maître cinématographique, François Truffaut. Le cinéma a changé depuis les événements du 11 septembre. L'attribution de la Palme d'or à Fahrenheit 911 de Michael Moore est une chose tout à fait remarquable. Le film perd son caractère social au profit de son lien avec le temps et il se transforme en un spectacle triste que personne ne regarde plus déjà. Voilà pourquoi, plus que de continuer à réaliser des films, je veux aller au-delà des interdits que je m'étais fixés à moi-même.
Je crois que le film n'a pas été distribué au Japon. Pourquoi ?
K. M. : Finalement après bien des difficultés, il sort à Tokyo à partir du 3 juin.Il sera aussi présenté à Osaka, Nagoya, Hokkaido, Fukushima ou encore Sendai. Peut-être que les Japonais vont enfin pouvoir considérer cette affaire avec un peu de recul. Aux Etats-Unis, il était possible de critiquer la politique de Bush. Aujourd'hui il semble que ce soit enfin possible de faire la même chose au Japon vis-à-vis de Koizumi.
L'engagement japonais aux côtés des Etats-Unis en Irak a suscité un certain débat au Japon. Pensez-vous que les médias japonais aient joué vraiment leur rôle dans ce débat ?
K. M. : Au Japon, le rôle des médias est quasi inexistant. Actuellement, il est difficile de faire la différence entre ce que rapporte les médias et la voix officielle du gouvernement. Heureusement, les citoyens ont la possibilité de s'informer directement sur la situation en Irak grâce à Internet. Avant même que l'Etat ne le confirme, l'opinion publique avait été informée du fait qu'il n'y avait aucune arme de destruction massive en Irak. En dépit de cela, le gouvernement n'a rien dit à ce propos. Mais les citoyens ont deviné ce qui se tramait. La situation n'est donc pas réjouissante au Japon dans la mesure où les médias n'assurent pas leur mission d'information et où la population n'attend plus rien d'eux.
Pensez-vous que l'opinion japonaise a été bien informée de l'engagement des forces d'autodéfense en Irak ?
K. M. : Oui. Mais a-t-on vraiment mené des opérations humanitaires en Irak ? Là-dessus, on peut avoir des doutes
Je pense que les Japonais n'ont pas pris assez conscience du fait que les forces d'autodéfense participaient à une guerre. Pourtant en participant à ces opérations, les troupes japonaises sont venues aider les Etats-Unis qui ont commencé cette guerre. En d'autres termes, le Japon s'est comporté en allié, devenant ainsi complice. Je me demande si l'opinion japonaise a vraiment pris la mesure de cette situation. Sans qu'il s'en rende compte, le Japon s'est laissé polluer par l'absolutisme américain.
On peut dire que votre film est un film engagé. Ce genre du cinéma est aujourd'hui peu développé au Japon alors qu'il l'a beaucoup été par le passé. Qu'en pensez-vous ? D'après vous, est-ce que les cinéastes doivent se substituer aux médias d'information lorsque ceux-ci sont défaillants ?
K. M. : Non , je ne crois pas. Cependant, pour reprendre Truffaut, je pense que le cinéma doit s'opposer aux médias. Autrement il me semble impossible de réaliser un véritable film. Je pense qu'il est temps de revenir en arrière à l'époque où un Oshima Nagisa faisait ce genre de films.
Quel est votre regard sur le cinéma actuel au Japon ?
K. M. : Le monde du cinéma a totalement était emporté par la déferlante télévisuelle. Ça fait un moment que le cinéaste n'existe plus. Ce n'est pas une spécificité japonaise. C'est un phénomène mondial. Le cinéma est devenu un combat individuel. Aujourd'hui si un individu cherche à faire un film différent, il doit s'investir. Il faut être à la pointe du combat. Et dans une certaine mesure, Bashing s'isncrit dans cette démarche.
Dans quelques jours, le Japon retirera ses troupes d'Irak. Quelles leçons le Japon pourra tirer de cette expérience ?
K. M. : J'ai appris en regardant les informations qu'il y aurait un nouveau déploiement. Ce qui veut dire que le Japon n'a retenu aucune leçon. Je doute fort que quelqu'un au Japon ait compris que le Japon participait à une guerre en Irak.
Quels sont vos prochains projets cinématographiques ?
K. M. : J'ai des projets, mais j'attends la sortie de Bashing avant de m'y attaquer.
Propos recueillis par Claude Leblanc |
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LE FILM
Ancienne otage en Irak, Yuko rentre au Japon. Six mois après son retour, elle est toujours harcelée par une population qui lui en veut d'avoir été enlevée. Son employeur la licencie et son isolement augmente en même temps que son désespoir. Seul son père la soutient. "Ce que j'ai voulu faire dans ce film, c'est montrer les sentiments d'une jeune femme complètement isolée, ostracisée dans une société qu'elle ne comprenait pas et qui ne la comprenait pas", expliquait Kobayashi Masahiro lors de la présentation de son long métrage au Festival de Cannes en 2005. C'est après avoir vu comment la société et les médias japonais traitaient d'anciens otages que le réalisateur a voulu aborder cette question douleureuse. Il a confié le rôle principal à Urabe Fusako. L'actrice qui incarne Yuko s'est inspirée de l'histoire de ces otages japonais en Irak. "Je n'en ai rencontré aucun, mais j'ai lu le livre écrit par l'un d'eux, une jeune femme. J'ai aussi lu leurs interviews", racontait-elle. "e cinéaste pose donc un regard très critique sur la société japonaise, toujours prompte à jeter l'opprobre sur ceux qui osent sortir du chemin. "Le cinéma japonais actuel est très conservateur : il ne parle de la société japonaise qu'à travers des rites et traditions. Je pense que c'est bien que Yuko soit immergée dans la société réelle d'aujourd'hui", affirme-t-il. En effet, Bashing permet de comprendre qu'une partie de la population est aujourd'hui prête à s'investir dans la construction d'un nouveau Japon quitte à payer le prix fort. Kobayashi offre un film fort qui, espérons-le, obtiendra un succès mérité.
C. L. |
Urabe Fusako dans Bashing
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