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LE SPORT JAPONAIS FACE À LA MONDIALISATION
Ils sont de plus en plus nombreux à quitter le Japon pour pratiquer leur sport préféré. Un choix qui permet désormais au pays du Soleil-levant de briller dans les compétitions.
Le 20 mars dernier, la plupart des quotidiens japonais ont publié des éditions spéciales pour annoncer à leurs lecteurs la victoire de l’équipe nationale en finale du premier World Baseball Classic (WBC), sorte de Coupe du Monde de baseball, face à Cuba. Même si de nombreux commentateurs ont pu mettre en cause le mode de fonctionnement du WBC pour expliquer le titre remporté par le Japon, il ne fait aucun doute que le niveau global du baseball japonais est aujourd’hui très élevé. Il faut chercher les raisons de cette bonne santé dans le fait que de nombreux joueurs nippons évoluent depuis quelques années dans le championnat professionnel américain, la fameuse Major League Baseball. Que ce soit Suzuki Ichirô, Jôjima Kenji, Matsui Hideki ou encore Taguchi Sô, de nombreux athlètes ont pris place parmi l’élite du baseball outre-Atlantique, permettant ainsi de donner une tout autre image du sport japonais à l’étranger et d’améliorer la compétitivité des sportifs japonais.
A l’instar du Japon de la fin du XIXe siècle qui avait dépêché de part le monde des ingénieurs ou des juristes pour qu’ils ramènent dans leur pays le meilleur du savoir occidental de l’époque, les autorités sportives japonaises, en ce début de XXIe siècle, ont, semble-t-il, choisi de suivre une voie similaire en facilitant ou en accompagnant l’exil temporaire de plusieurs de leurs poulains pour qu’ils se forment et reviennent partager l’expérience acquise avec les plus jeunes. De toutes les disciplines, c’est le football qui est le plus emblématique de cette démarche dont on peut d’ores et déjà mesurer les résultats. Pour la troisième fois consécutive, les “bleus” japonais se sont ainsi qualifiés pour la phase finale de la Coupe du Monde de football qui aura lieu en Allemagne du 9 juin au 9 juillet prochain. Un résultat qu’ils doivent en grande partie à l’expérience engrangée par le “groupe des étrangers” (kaigai gumi) de plus en plus nombreux au sein de la sélection nationale. Après avoir, dans un premier temps, fait appel à des joueurs et des entraîneurs étrangers pour animer le championnat professionnel naissant au début des années 1990, les dirigeants nippons ont encouragé leurs joueurs à aller faire leurs armes au-delà des mers. Certains d’entre eux comme Nakata Hidetoshi ou encore Oguro Masashi ont choisi de partir en Europe pour développer leurs talents et se mettre en situation d’affronter des joueurs réputés meilleurs qu’eux. Nakata a ainsi pu goûter au championnat italien avant de finir en Premier League anglaise dans les rangs de Bolton tandis qu’Oguro fait son apprentissage en Ligue 2 avec l’équipe de Grenoble. Après des débuts difficiles, l’attaquant japonais du GF 38 s’est offert, le 4 avril, un triplé face à Bastia, faisant taire ceux qui critiquaient son manque d’adaptation.
La capacité à s’adapter est d’ailleurs l’un des grands défis à relever pour les sportifs japonais. Matsui Daisuke, le milieu de terrain du Mans, aime à répéter que l’une de ses ambitions est de montrer que les athlètes japonais sont capables de s’adapter aux méthodes de jeu étrangères quelles qu’elles soient afin de leur permettre de briller. L'internationalisation (kokusaika) du sport nippon ne concerne pas seulement le baseball ou le football. Bien d’autres disciplines sont concernées. Le volley, le basket et même le hockey sur glace disposent désormais d’athlètes expatriés sur lesquels ils pourront compter pour construire leur avenir. Mais cela se passe aussi dans l’autre sens. Des sports traditionnels japonais comme le sumo sont désormais dominés par des athlètes étrangers. Leur présence a considérablement bouleversé les règles de cette discipline. Aujourd’hui on compte près de 60 lutteurs d’origine étrangère parmi lesquels le Mongol Asashoryu et le Bulgare Kotoôshû. En makuuchi, la 1ère division, ils représentent un tiers des effectifs. Plus de quatre-vingts pays sont représentés au sein de la Fédération internationale de sumo, un chiffre qui traduit parfaitement la mondialisation à laquelle le Japon ne peut plus échapper. Grâce à ces échanges sportifs, le pays du Soleil-levant peut à la fois rêver de grimper sur tous les podiums de la planète mais aussi s’assurer une meilleure reconnaissance dans le monde. “Quel superbe match !”. C’est en ces termes que le New York Times a accueilli la victoire japonaise lors du premier WBC dans son éditorial du 22 mars intitulé “Pour l’amour du yakyû [traduction japonaise du mot baseball]”. Le baseball n’est plus tout à fait américain et le sumo plus tout à fait japonais. Les sportifs ont décidément un train d’avance et ils montrent l'exemple à une population de plus en plus acquise à la notion d'ouverture et d'internationalisation.
Claude Leblanc

Deux symboles de l'internationalisation du sport au Japon. Le lutteur mongol Asashoryu et le joueur de baseball Suzuki Ichirô qui évolue aux Etats-Unis.



Y'a pas que le foot
Au cours des dernières années, les amateurs de sport ont pris l'habitude d'entendre parler des exploits de tel ou tel athlète japonais évoluant à l'étranger. Nakata, Ono ou encore Matsui sont devenus des familiers, en particulier pour les fans de football. Pourtant la présence de sportifs japonais en France et dans d'autres pays européens ne se limite pas au seul ballon rond. D'autres disciplines sont concernées et démontrent que les athlètes venus du pays du Soleil-levant s'exportent bien aujourd'hui. C'est le cas notamment de Taba Yûya. Depuis 2002, il fait le bonheur du club de handball de Nîmes. Encore peu connu au Japon, où la pratique du handball est confidentielle, Taba Yûya est originaire d'Okinawa. Désireux depuis son enfance de devenir joueur professionnel, il a dû quitter le Japon pour assouvir son ambition et acquérir une plus grande expérience. Il a d'abord évolué en Espagne où il a été le premier handballeur japonais à signer un contrat professionnel en Europe avant de venir s'installer dans le sud de la France, à Nîmes sur les conseils de Frédéric Volle, l'entraîneur français de la sélection nationale japonaise. Taba Yûya est satisfait de son parcours. Il se sent investi d'une mission à l'égard des autres handballeurs nippons. Il entend leur faire profiter de son expérience pour aider l'équipe japonaise à se qualifier pour les Jeux olympiques de Pékin en 2008. Après avoir échoué à obtenir un ticket pour Sydney et Athènes, le joueur de Nîmes s'est fixé comme objectif de contribuer au succès de l'équipe nationale. D'autres comme lui ont fait le choix de s'expatrier pour améliorer leur niveau et permettre à l'ensemble du sport japonais de se développer. Le volleyeur Katô Yôichi qui a fait un court passage à l'Arago de Sète avant de jouer en Italie, à Pérouse, est un autre exemple. On pourrait en citer beaucoup d'autres. La plupart de ces champions à l'instar de Taba Yûya veulent contribuer à l'amélioration du niveau de leurs sports respectifs. Ils savent que l'expérience acquise sur des terrains étrangers est essentielle. Ils attendent donc que leurs efforts soient relayés dans l'Archipel afin de susciter de nouvelles vocations parmi les jeunes sportifs japonais. Ce qui a été accompli pour le football soit l'être encore pour bien d'autres disciplines comme le handball. Taba Yûya en est persuadé et l'écrit souvent sur son site Café de Taba.
C.L.


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