Première impression : Tôdai est une très belle université, sur le modèle anglo-saxon. Elle me rappelle USC plus que UCLA. De vastes allées bordées d'arbres, des édifices de tailles variables, des bustes, des fontaines, des allées où on circule à vélo (pas à trottinettes motorisées), une bibliothèque détude magnifique, des bibliothèques spécialisées par discipline (une cinquantaine sur luniversité), très bien garnies ; des ordinateurs régulièrement remplacés, surtout dans les départements scientifiques.
Inutile de le souligner, Tôdai est bien japonaise ; à limage de Tokyo, derrière les grandes voies, ce sont une multitude de passages tortueux, étroits, encombrés, indiscernables, qui mènent dun édifice ou dune partie de limmense campus à lautre. Un labyrinthe qui demande plusieurs tentatives et beaucoup de concentration pour trouver le plus court chemin qui mène de la faculté de droit aux bureaux des enseignants et au centre international. Le lac qui sétend au milieu dune portion du campus (Hongô) en est partiellement responsable, mais quel charme ! Il a inspiré Natsume Sôseki et est un vestige, comme Akamon, la porte rouge, du domaine des seigneurs Maeda. Et comme dans toutes les écoles ou universités japonaises, sur le campus de Komaba (celui des undergrads), de la musique (pas à Hongô, où on est plus sérieux). Komaba est aussi le campus de la faculté dhistoire de lart et à ce titre, abrite un musée où se tient en ce moment une exposition sur Roland Barthes organisée par des amis francophones.
Deuxième impression : sans revenir sur les étapes qui conduisent à ladmission, les démarches qui la suivent et qui précédent le début des cours sont innombrables. Elles viennent sajouter à celles quil faut accomplir auprès des autorités dimmigration et de la mairie de mon arrondissement (ku) de résidence.
On nous fait visiter les lieux. A la faculté de droit et de science politique, nous formons un groupe de vingt-cinq étudiants étrangers environ (pour lessentiel, chinois). Les salles détudes des jeunes chercheurs sont petites mais assez nombreuses. Elles paraissent encombrées à cause des tables, très proches les unes des autres, mais il reste beaucoup de place sur les étagères qui les entourent. Nous aurons chacun notre emplacement, où nous pourrons laisser nos livres. Les professeurs ont tous leur bureau personnel qui quoique spacieux, ont parfois un côté cavernes dAli Baba pour universitaires avec leurs piles de revues effondrées. Luniversité dans son ensemble fait étudiant : un endroit où on peut se faire du thé ressemble à la cuisine du dortoir dICU ou des logements dOxford. Il y a des lavabos dans les couloirs, avec du savon (ce qui relève de léquipement de base). Certaines portes grincent prodigieusement. Le lino suse là où il a remplacé la pierre. Tôdai correspond à lidée quon se fait dune bonne université (publique) qui na pas les moyens dêtre extravagante : pas de dépenses inutiles, pas de rénovations à finalité esthétique : on est là pour travailler, pas pour regarder le plafond. Pourtant tout y est : le papier dans les imprimantes, lautre papier dans les toilettes, lagrafeuse près des photocopieuses, la piscine neuve, et les salles de sport. Car qui contestera que pour bien travailler, les équipements sportifs sont aussi importants que les bibliothèques ?
Troisième impression : je mesure les ressources prodigieuses de cet endroit. Je peux emprunter cinquante livres pendant trois mois ; je parcours moi-même les six étages de rayons pour les trouver, ce qui immanquablement, permet den choisir dautres et évite les délais dattente (de 45 minutes à Cujas et à Sciences Po). Lune des employées qui soccupe des étrangers ma demandé de mettre ma signature à lintérieur dun rond quelle avait tracé au crayon sur une feuille blanche. A la mairie où je me suis fait immatriculer comme résidente, on ma fait signer deux autocollants vierges. La première leçon que retient le juriste est quil doit comprendre ce quil signe. Rien à redouter en loccurrence, mais la pratique est cocasse. A la faculté de droit et de science politique de Tôdai, le nombre de filles est considérablement inférieur au nombre de garçons ; une amie men parle, se doutant que jen aie été frappée : les lycées qui préparent le mieux au concours dentrée sont les lycées privés pour garçons.
Guibourg Delamotte |
|
|