- Ça commence bien !
Lautre soir, je suis allée boire avec mes futurs collègues. Jétais un peu inquiète parce que nous devions nous rencontrer pour la première fois. Nous étions treize et ils étaient tous sympathiques. On samusait bien et on a beaucoup bu. Peu après être sortis du bar, vers onze heures, nous nous sommes aperçus quil manquait une fille. Quand nous sommes revenus sur nos pas, le bar était en train de fermer. En fait elle était allée aux toilettes où elle sétait effondrée, incapable de bouger. Un collègue la portée sur son dos jusquà la gare, mais comme elle nétait pas en état de prendre le train, on a appelé sa mère qui est venue la chercher. Il devait être minuit et demi quand elle est arrivée, aussi nétait-il plus question de rentrer. On a terminé la soirée au karaoké , en attendant le premier train...
Shikakura Junko (2 /62000)
Derrière la façade
Je travaille comme serveuse dans un restaurant à Akasaka. Cet endroit est tellement onéreux que la clientèle se compose essentiellement dhommes aisés entre deux âges. Ils sont généralement corrects, mais certains ne peuvent sempêcher de nous demander notre âge, notre nom ou si on a un petit ami. Je les ai souvent trouvé assommants, me demandant ce que cette incursion dans notre vie privée pouvait bien leur apporter. Exaspérée, jai fini par en parler à un de mes amis qui ma répondu que cétait sans doute une façon de compenser la triste réalité, car non seulement leur famille ne faisait pas grand cas deux, mais elle avait tendance à les écarter à cause de leur odeur, de leur calvitie ou du peu dintérêt de leur conversation. Il avait sans doute raison, aussi ai-je décidé de marmer dun peu plus de patience. Shimizu Yukiko
"Ura to omote"
Il y a trois jours, une quinzaine de bonzes sont venus dans le restaurant où je travaille. Ils étaient tous en veston comme les autres salariés. Au premier abord, ils avaient lair discrets et polis, mais lalcool agissant, ils ont commencé à chahuter. Certains se sont mis à chanter, tandis que dautres enlevaient leur pantalon ! Cétait terrible ! Moi qui croyais que les bonzes menaient une vie frugale, exempte de tout reproche, je suis tombée de haut... Ils mangeaient de la viande très très chère et ils ont dépensé deux cent quatre-vingt mille yens à eux tous ! Limage que javais des bonzes en a pris un sérieux coup.... Shimizu Yukiko
Papa et/ou maman
Sagement assise dans un coin, jassiste au meeting dune association de pères de famille qui réclame le droit davoir le temps de soccuper de leurs enfants. Jécoute leurs commentaires qui mennuient un peu. Bien que jadhère à cent pour cent à leur cause que jestime plus que louable, je les trouve un peu trop parfaits voire irréprochables ce samedi après-midi, escortés dune marmaille très épanouie et très fille à papa. Brusquement, une femme en mini jupe hyper courte sagenouille très dans les formes pour demander le droit de se joindre à nous. Elle semble très grande et très carrée, malgré une poitrine généreuse moulée dans un pull de laine. Pas de doute, cest un homme. Soigneusement maquillé, «il» manie un langage trop poli mais sans aucune mièvrerie. On remarque même une certaine aisance dans lélocution. Quest-il/elle donc venu/e faire parmi tous ces «super papas» ? Le responsable du groupe laccueille aimablement et suggère de faire un tour de table pour que les nouveaux déclinent leur identité. Je commence. Rien de spécial à signaler, je vais vite. Quand mon superbe vis-à-vis se présente, on apprend quil est enseignant de jour et quil change didentité à la tombée de la nuit. Marié et père de famille, sa femme a paraît-il du mal à accepter ses excentricités, aussi la-t-elle encouragé à louer un studio pour opérer son changement didentité. On est tous sidérés mais quelque part aussi sous son charme. On apprend quil donne ses cours en homme et que personne ne semble soupçonner sa double vie au lycée. Il se dit intéressé par le rôle du père dans léducation des enfants. On se demande tous ce quil peut bien être pour son fils. Un père? Une mère? Les deux peut-être...
Muriel Jolivet (12.1999)
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Dans ce journal collectif, Muriel Jolivet a mis à contribution ses étudiant(e)s de 4ème année en leur demandant de lui ramener des faits divers observés au quotidien à Tokyo, glanés dans les métros, les gares et les magasins. Tout ce qui est noté a été vu, même si linterprétation qui en est faite est forcément teintée de subjectivité... ces instantanés font partie de lhistoire dune ville, dune personne, dune époque, dun moment... |