Lors dun précédent article (OVNI n°403 du 15 octobre 1997), Florent Georges avait retracé les grandes lignes de lorganisation du lycée au pays du Soleil levant. Mais au delà des simples différences structurelles quil peut y avoir avec notre pays, il nous faut également mettre laccent sur une réalité qui, au Japon plus quailleurs, façonne la conduite du lycéen et le prépare à une vie dadulte responsable.
Si lécole japonaise est un apprentissage culturel, ce qui ne surprendra personne, elle est aussi un apprentissage de la vie en société.
En premier lieu, lécole étant LE lieu public par excellence, lélève se doit de le respecter et de lentretenir. A la fin des cours, les élèves de chaque classe sont répartis en plusieurs groupes, sous loeil attentif de leur professeur. Chaque groupe est en effet responsable du ménage (sôji) dune partie du lycée: Quil sagisse des salles de classe, des couloirs, de linfirmerie ou des toilettes, tout doit être nickel... sans oublier la cour, avec feuilles mortes et mauvaises herbes!
Bien entendu, un roulement dans la répartition des tâches seffectue toutes les semaines, afin déviter que la traditionnelle corvée de chiottes ne soit lapanage que de quelques uns! En matière de latrines, la devise est Saboru! littéralement tirer au flanc. Ce système du sooji est à mon avis salutaire car il responsabilise les élèves qui, de ce fait, ne sont pas enclins à dégrader les installations quils utilisent. Les graffitis de toutes natures ainsi que les chewing-gums collés sous les tables sont donc rares... douce France, prends en de la graine...
Mais imaginez un court instant la très probable levée de boucliers des potaches français à qui lon oserait confier le nettoyage de leurs salles de cours: Le maître-mot serait plutôt révolution!
Outre le civisme quelle enseigne, lécole japonaise joue un rôle majeur dans léducation morale des jeunes. En effet, elle pose ses règles de conduite et ne tolère aucune infraction. Ainsi, elle interdit laccès aux Pachinko (salles de jeux ou bars) aux élèves de moins de 18 ans, le tabac et lalcool aux moins de 20 ans. Et si le lycée parvient à se tenir au courant des faits et gestes de ses jeunes, cest parce que ces derniers portent un uniforme qui les identifie -cet uniforme étant différent dun établissement à un autre; la différence est dailleurs plus marquée entre le public et le privé, où lon porte de véritables tenues de soirée!
Nombreux sont les lycées qui interdisent aussi à leurs élèves la pratique des Arubaito ou petits boulots. Par ce moyen, elles souhaitent que leur temps disponible soit entièrement consacré à létude et au sport: Seul un travail soutenu et régulier ouvre les portes dune bonne université. De plus, il y va de la réputation du lycée dorigine.
Certains établissements bannissent même le port de bijoux, les cheveux permanentés ainsi que les teintures (Chappatsu), très en vogue au Japon. La veille de vacances ou de congés scolaires, nul néchappe aux recommandations orales, voire écrites: Quelque soit leur lieu de vacances, il est rappelé aux élèves quà lextérieur, ils représentent leur lycée. La sobriété de la tenue vestimentaire et la discrétion font donc partie des exigences de base. Un jeune qui part en voyage doit en indiquer la destination et la durée au secrétariat sil veut bénéficier du tarif-étudiant. En effet, les agences de voyage et les compagnies de transport ne leur proposent ces réductions que sur présentation dune attestation dudit secrétariat.
La vie en société est donc enseignée à lécole, où les professeurs font souvent figure dassistantes sociales! Les élèves se confient à eux sans difficulté, leurs rapports ne se résumant pas seulement à un échange de savoir. Mais la médaille a son revers car cette polyvalence du lycée tend à déresponsabiliser les parents qui, parfois, sen remettent un peu trop au lycée...
Enfin, cest dans lenceinte de lécole que se pratique la quasi-totalité des loisirs- à lexception du Karaoke et des Puri kula, ce dernier divertissement étant, avec le Tamagotchi, le plus apprécié des lycéens japonais; les Puri kula sont des photos autocollantes miniatures présentant un décor de fond amusant et que lon obtient dans une sorte de photomaton. Les activités y sont proposées en nombre pléthorique et les infrastructures sportives mises à disposition feraient pâlir denvie nimporte quel proviseur français.
Les arts martiaux, le base-ball et son homologue féminin, le soft-ball occupent une place de premier choix. Le foot, le basket, le hand, le volley, le tennis, la natation, lathlétisme et la gymnastique, bien que moins plébiscités, jouissent tout de même dune certaine popularité. Les lycéens sportifs sentraînent généralement six jours sur sept après les cours, et parfois avant pour des raisons demploi du temps.
La culture et les traditions sont également au menu: cérémonie du thé, calligraphie, Ikebana (art floral), musique classique ou moderne, dessin, photo, cinéma, radio...Vous laurez compris, les jeunes Japonais passent le plus clair de leur temps dans le club de leur lycée, lieu privilégié où naissent et senrichissent les relations entre élèves. Pour ma part, en pratiquant quotidiennement mes activités favorites, je me suis fait de nombreux amis.
Florent Georges |
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