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Enquête : Nous, les Japonais (...) d'ailleurs -5-
Kaoru, 22 ans

Imaginez des parents japonais qui sont contre le système éducatif japonais, et une mère qui adore la France, et ces parents qui envoient leur fille à l'unique lycée français au Japon. Cette fille vient en France à l’âge de dix ans, et finit par entrer à l'Inalco pour acquérir la culture japonaise en vue de devenir interprète pour contribuer à l’échange des cultures franco-japonaises. Elle trouve au fil des années à la fac son vrai rêve: faire quelque chose de ses mains, avec les matières brutes. Ainsi après l'Inalco, “pour tenter le coup” elle fait des études d’ébénisterie. Elle s’appelle Kaoru. Ajoutant à cette image-C.V, une autre image de Kaoru “un vieux grand canapé en velours rouge”, c’est la réponse qu'elle a donnée à la question “si t’étais un meuble”.
Et pour la caractériser, je dirais que le mot japonais “iki-iki” lui va bien (salut à mon collègue dont l’article est sous votre main droite). Comme d’autres onomatopées japonaises, cette onomatopée est difficile à expliquer et elle dit plein de choses. Saisissez ce sens dans ce qu’elle dit...

G.C: Par quoi es-tu passionnée?
— Par la vie et par le travail manuel.
G.C: Comment dépenses-tu ton argent? ton temps? et ton énergie ?
— L’argent, pour bien manger et voir les amis. Le temps... pour l’école et les amis. L'énergie... pour discuter avec les autres, voir des gens, rencontrer des autres.
G.C: La dernière fois que t’as passé une nuit blanche?
— Cette nuit. Parce que... j’avais pas envie de dormir, alors... j’ai fini par me dire “bon, allez, j’ai pas envie de dormir, je dors pas.”
G.C: Qu’est-ce que t’as mangé ce matin?
— J’ai bu du café et du lait de soja.
G.C: Qu’est-ce qui est le plus important, qui te tient le plus à cœur?
— La personne dont je suis amoureuse et les amis.
G.C: Selon que tu parles en japonais ou en français, tu changes ta conduite?
— Oui, je rigole pas de la même manière.
G.C: Le plus beau jour de ta vie?
— Tous les jours. J’aime bien la vie. J’apprécie tous les jours la vie.
G.C: Et le plus triste?
— J’espère que ça n'arrivera jamais.
G.C: Quelle est ta préoccupation?
— Être bien dans la vie. Découvrir plein de choses et rencontrer plein de gens.
Ne trouvez-vous pas qu’elle représente la gaieté, la santé, la joie? Ainsi Kaoru ne ressemble pas aux Japonais typiques qui vivent dans l’illusion, le virtuel, ni aux Français typiques qui vivent à se casser la gueule et s’énerver les uns contre les autres dans la sinistre réalité, le pessimisme. Évidemment, si Kaoru veut rencontrer les “Japonais du Japon” de son âge, c’est pour connaître leurs bêtises, leur vie, et leurs joies.

Histoire d’onomatopée encore. Comme le remarque Kaoru, c’est dans l’onomatopée que se manifeste une des spécificités de la langue japonaise: d’une part elle est “sonore”, “plus sensuelle” et elle parle plus “directement” —c’est d’ailleurs ce que Kaoru a découvert pendant ses années à l'Inalco— ; de l’autre elle dit “plein de choses avec très peu de mots”. Ainsi l’onomatopée représente la sensualité du japonais (ce propos est assez étonnant pour moi en tant que “Japonais du Japon”; et c'est ce qui nous a montré récemment le film de P. Greenaway). Elle remarque aussi “kuné-kuné”(onomatopée pour ce qui est sinueux, tortillement) de l’écriture et de la pensée japonaises. “En français, c’est pas toujours évident d’expliquer en peu de mots, alors qu’en japonais, avec peu de moyens on comprend tout de suite.” Et la pensée à la française est “plus rationnelle”, “très structurée” comme quand on fait une dissertation, trés française... “En japonais, tu es peut-être plus libre”, dit-elle. Mais dans la société japonaise, entouré des “codes”, on est moins libre: un paradoxe? ou le fait de parler de liberté est-ce déjà être étiqueté “à la française”?
Elle a remarqué que mon nom, Gack, était étrange. C’est encore une histoire d’onomatopée, parce qu’il y a, avec moi, Jack et Zack. Gack, Jack, Zack... Jack, Zack, Gack... Yes! “I scream, you scream, we all scream for ice cream!”
Mais, évidemment, c’est une autre histoire...
Gack Cassio

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