検索

OVNI記事

スポンサー紹介

Kazuki かづき
リヨンの日本食品専門店 9h30-13h(-12h日曜)14h30-19h
Ebis えびす
四川風とりの唐揚げ辛みソース、活きオマールの炒めものなど本格的中華も。
HOSHI COUPE 健康指圧
SHIATSU / FOOT MASSAGE 指圧・フットマッサージ

サイトマップ




OVNI Home » Japon en français » Objets » 552_dossier01

2004/10/01

Dossiers: BIENVENUE DANS L'EMPIRE DU RAIL


Il y a 40 ans, jour pour jour, le Shinkansen, le train à grande vitesse japonais, était officiellement inauguré entre Tokyo et Osaka. Un événement qui marquait l'apogée du rail au pays du Soleil levant.
Ils sont rares les pays où les entreprises de chemin de fer communiquent régulièrement sur le renouvellement de matériels. Au Japon, pratiquement chaque année, les principales compagnies ferroviaires font la promotion de leurs nouvelles machines ainsi que celle de leurs nouveaux wagons comme peuvent le faire les constructeurs automobiles qui vantent le confort ou encore la vitesse de leurs dernières nées. Cela traduit l'importance que le train occupe dans le pays même si, au cours des dernières années, les voitures ont pris une place de plus en plus grande dans le quotidien des Japonais.
C'est, en 1869, sous l'impulsion de l'ambassadeur britannique Sir Harry Parkes, que l'idée de construire une première ligne de chemin de fer a vu le jour. L'argument massue de l'Anglais était que l'avènement du train permettrait au Japon d'accélérer sa modernisation, en assurant notamment un approvision-nement plus rapide des villes qui pouvaient encore souffrir de certaines pénuries. Jusqu'à cette époque, l'essentiel des transports s'effectuait par cabotage. Le réseau routier était peu développé à l'intérieur du pays pour des raisons historiques et politiques, l'accent ayant été mis sur le transport fluvial. Séduites par le projet, les autorités japonaises mirent en chantier la première ligne entre Tokyo et Yokohama, l'un des ports ouverts au commerce avec l'étranger, en 1870 avec l'aide des ingénieurs venus d'Angleterre. L'empereur Meiji inaugura, le 14 octobre 1872, les 29 kilomètres séparant les gares de Shimbashi à Tokyo et de Noge Kaigan (aujourd'hui connue sous le nom de Sakuragicho) à Yokohama. Il fallait alors 53 minutes pour effectuer le voyage. Un an plus tard, les premiers trains de marchandises reliant les deux villes entraient en service, marquant ainsi le lancement d'une campagne de construction de voies ferrées dans le reste du pays.
Si la ligne Tokyo-Yokohama est passée sous le contrôle du ministère des Travaux publics, le développement de la plupart des autres lignes est dû à des initiatives privées. L'Etat, qui dépensait déjà beaucoup pour moderniser son appareil industriel et introduire de nouvelles technologies dans le pays, rencontrait de nombreuses difficultés financières. Il dut ainsi se résoudre à autoriser des entreprises privées à se lancer dans la construction de réseaux ferrés. En 1881, Nippon Railway (Nippon tetsudô) fut la première compagnie privée à obtenir l'autorisation d'exploiter une ligne entre Tokyo et le Tohoku, au nord du pays, l'un des principaux lieux de production de riz. L'engouement des entrepreneurs japonais pour le train oblige très vite les autorités à prendre des initiatives afin d'éviter l'anarchie. La loi sur la construction ferroviaire adoptée en 1892 répond à la nécessité de planifier le développement du chemin de fer dans le pays. Cependant, elle ne satisfait pas tout le monde, les militaires en particulier, lesquels souhaitaient une nationalisation des lignes jugées stratégiques et indispensables à la sécurité du Japon. Ils obtiennent satisfaction en 1906 quand le gouvernement rachète 17 entreprises et crée l'Agence des chemins de fer (tetsudôin) directement placée sous l'autorité du Premier ministre. En 1920, l'Agence devient un ministère. A cette époque, les deux principales villes du pays connaissent un mouvement d'urbanisation de leurs banlieues qui se traduit par le développement des transports ferrés. Gérés par des entreprises privés, les réseaux qui se mettent en place au cours de cette période assoient une bonne fois pour toute la prédominance du rail sur les autres moyens de transport. Cela se fait d'autant plus facilement que les entrepreneurs assurent à la fois le transport des passagers mais leur fournissent également des services importants en construisant autour des gares des centres commerciaux qui deviennent rapidement le poumon des cités japonaises. C'est le cas de Kobayashi Ichizô avec sa société Minoo Arima Electric Railway fondée en 1907 qu'il rebaptise Hankyû en 1918. Il préconise le développement de cités en périphérie d'Osaka, met en place des programmes immobiliers le long des lignes qu'il exploite et fonde le grand magasin éponyme au-dessus de la gare d'Umeda. Kobayashi fera des émules au premier rang desquels Gotô Keita qui suivra son exemple à Tokyo en créant la société Tôkyû. Avec un secteur public fort et des entreprises privées puissantes, le train poursuit son essor. En 1950, le train jouit d'un quasi monopole, occupant 90 % du trafic de voyageurs. Voilà qui explique pourquoi les autorités investissent dans le train à grande vitesse qui voit le jour en octobre 1964, au moment où Tokyo accueille les Jeux olympiques. Mais au moment où la première ligne à grande vitesse entre en service, le Japon inaugure sa première autoroute entre Nagoya et Kobe. L'automobile pointe alors le bout de son capot. Quarante ans plus tard, le train n'attire plus que 32 % de voyageurs (8 % en France) dans l'Archipel.
Claude Leblanc
photo : Ballet de trains près de la gare d'Ochanomizu, à Tokyo


RÉFÉRENCES

Pour en savoir plus sur la place du rail dans l'Archipel, nous vous recommandons l'ouvrage de Natacha Aveline, La Ville et le rail au Japon publié par CNRS Editions en 2003 (25$). Vous pouvez également consulter l'entretien qu'elle nous a accordé à l'adresse suivante :
www.japonline.com/jfra/
eterv/aveline.asp

LITTERATURE
La relation étroite que les Japonais entretiennent avec le train est partout visible au point que l’on pourrait affirmer, sans exagérer, qu’il existe une véritable culture ferroviaire. La littérature en est une illustration. Plusieurs écrivains ont construit leur carrière sur des récits autour de l’univers du train. Le plus célèbre en France étant Matsumoto Seichô, maître du polar japonais et auteur notamment de Tokyo Express (éd. Philippe Picquier, 1989). Dans ce roman, le train occupe une place centrale. Tous les crimes ont lieu dans les gares ou non loin d’elles. Matsumoto transporte ainsi le lecteur aux quatre coins du pays, rappelant au passage le rôle essentiel du chemin de fer dans le désenclavement des régions. Si Matsumoto accorde une place importante au train dans d’autres de ses romans comme Le Vase de sable ou La Voix, tous deux édités par Philippe Picquier, le roi du “mystère ferroviaire” nippon, reste Nishimura Kyôtarô, auteur de quelque 250 romans et nouvelles bâtis autour du train. Le père du célèbre policier Totsugawa Shôzô qui mène la plupart des enquêtes sur les crimes commis dans les trains est malheureusement peu traduit en français. On peut tout de même découvrir son style dans Les Dunes de Tottori (éd. Seuil, 1992). A l’instar de son illustre prédécesseur, Nishimura Kyôtarô utilise le train pour transporter ses lecteurs dans différentes régions japonaises et y ajoute une multitude de détails sur le matériel, ce qui ne manqua pas de ravir les accros du rail. Ces derniers sont en effet nombreux dans l’Archipel. Leurs associations contribuent à rappeler aux plus jeunes davantage attirés par l’automobile que le train reste un des fondements de la société moderne japonaise. D'ailleurs, on ne trouve guère de romans qui accordent autant de place à la voiture.

RENCONTRE AVEC : KITAMURA RYÛICHI, CHERCHEUR À L'UNIVERSITÉ DE KYOTO
Auteur du récent Tetsudô de machizukuri [Bâtir la cité avec le rail, éd. Gakugei Shuppansha, Kyoto, 2004], Kitamura Ryûichi, spécialiste des transports, exprime ses sentiments vis-à-vis de la politique du rail menée dans l'Archipel.

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi le rail a joué un si grand rôle dans le développement urbain au Japon ?
K. R. : Les raisons sont multiples, mais, à mon sens, la plus importante repose sur la motorisation tardive du pays. En effet, une grande partie du réseau ferré était en place avant l'essor de l'automobile dans les années 1960. Par exemple, 75 % du réseau existant à Kyoto-Osaka-Kobe (Kei-Han-Shin) existait au moment de la crise de 1929. A ce titre, les entreprises privées ont joué un rôle décisif. En parallèle, les pouvoirs publics ont misé sur la création d'un réseau national, rachetant le cas échéant des lignes privées pour assurer l'existence de ce réseau national.
Il convient d’ajouter que la pénurie de terrains destinés au développement urbain, résultant de l’inflation des prix fonciers, a favorisé la densification du pays et a joué en faveur du rail. Par ailleurs, le plan local d'urbanisme est très souple au Japon, ce qui a permis de créer des zones mixtes où différentes activités se trouvent à des distances raisonnables. C’est donc très différent de ce qui se passe aux Etats-Unis où les règles sont plus rigides. C’est pourquoi on y trouve de vastes zones résidentielles (souvent ennuyeuses) situées en périphérie qui sont très dépendantes de l’automobile. Au Japon, c’est l’inverse. Au cœur des zones très densément peuplées, on trouve les gares autour desquelles s’est développée une grande partie des activités urbaines.
Mais je dois reconnaître qu’avec la motorisation, de nombreux habitants des villes n’ont plus de raison de se rendre dans les gares, en particulier dans les zones urbaines les plus petites. Seuls les lycéens qui n’ont pas encore le permis et doivent aller à l’école ainsi que les personnes âgées, qui ne conduisent pas non plus, empruntent les réseaux ferrés. A l’exception des grandes métropoles, le rôle des chemins de fer diminue et du même coup celui des gares. Je ne sais pas ce que l’on peut faire pour enrayer le phénomène. Les habitants de ces zones, qui ont misé sur l’automobile, doivent prendre en charge le problème et décider de ce qui doit être entrepris pour éventuellement y remédier. Je pense que c’est leur choix de laisser les mauvaises herbes envahir les gares.

D’après vous, quelle devrait être la politique du Japon en matière de transports ?
K. R. : Malgré ce que je viens de dire, je ne crois pas en l’automobile. Elle n’est pas à sa place dans les grandes cités qui sont des lieux où tout se passe. Un des graves défauts de la politique de transport urbain mise en œuvre par les gouvernements successifs réside dans la croyance selon laquelle l’automobile est un moyen efficace pour les transports dans les zones urbaines. C’est une grosse erreur. En lisant l’introduction de n’importe quel manuel théorique sur les transports, on s’aperçoit que l’automobile n’est pas adaptée aux zones de grande densité. Les gens, y compris les urbanistes et les responsables de la planification dans les transports, n’ont pris conscience de cette réalité. Il reste encore beaucoup de personnes qui n’en ont pas pris la mesure. Ils continuent de dépenser des sommes astronomiques (à l’image des 100 milliards de yens au km destinés à la construction d’une autoroute souterraine à Tokyo) pour décongestionner les centres urbains même s’il s’agit d’un objectif impossible à réaliser. C’est pourquoi je propose que l’on investisse davantage dans le développement d’infrastructures pour les piétions et celui des transports en commun. Le niveau du service dans les transports publics au Japon doit être élevé car je crois qu’on traite mieux les cochons qui vont à l’abattoir que les usagers des transports à Tokyo. Il faut réduire l’espace dédié à l’automobile dans le centre des grandes villes comme ce qui est fait actuellement à Londres. Des mesures doivent être prises pour créer des zones piétonnes et zones réservées aux transports publics afin de réduire l’usage de l’automobile. Il faut des mesures cohérentes qui abordent à la fois la question des transports publics, celle de la circulation automobile ainsi que celle de la revitalisation urbaines des zones centrales. Malheureusement la réalité est tout autre. La planification des routes et celle des chemins de fer sont menées indépendamment l’une de l’autre par deux services au sein du ministère du Territoire, des Infrastructures et des Transports (Kokudo kôtsûshô).

Propos recueillis par Claude Leblanc

 

戻る・Retour : トップページ Page de garde